La colère : un tabou qu’il est temps de briser
Personne ne le dit, mais beaucoup le ressentent. Ce moment où tu en as assez. Où ton corps est à bout. Où ton esprit hurle un immense “STOP !”. Cette rage contre la fatigue, contre l’isolement, contre le fait de toujours devoir tout porter. Cette envie irrépressible de fuir, juste pour respirer. C’est tabou ? Non. C’est humain.
La colère, une émotion naturelle et vitale
D’après Paul Ekman, psychologue spécialiste des émotions, la colère est une réaction universelle, innée, une émotion fondamentale que nous partageons tous. Comme la peur ou la tristesse, elle a une fonction essentielle : nous protéger. Elle se manifeste lorsque nous faisons face à une injustice, une frustration ou une accumulation de stress. C’est une réaction saine et nécessaire qui, contrairement à ce qu’on croit souvent, ne doit pas être étouffée, mais comprise.
Quand la colère monte, le corps parle :
- Le cœur s’accélère.
- Les muscles se contractent, prêts à réagir.
- Une chaleur monte dans le corps, fréquemment ressentie au niveau du visage ou de la poitrine.
- La respiration devient plus rapide.
- Parfois, les larmes montent, signe d’une tension émotionnelle extrême.
C’est une décharge d’énergie, une alarme que notre esprit active pour dire : “Quelque chose ne va pas, écoute-moi !” On diabolise la colère comme une faiblesse, un échec. La colère est un signal d’alarme ultra-précieux. Elle te dit que quelque chose ne va pas. Que tes besoins sont ignorés. Que ta charge mentale explose. Elle n’est pas ton ennemie, elle est ton alliée. Elle te pousse à réagir, à poser des limites, à revendiquer ce dont tu as besoin. La nier, c’est s’exposer à plus de stress, d’épuisement et de culpabilité.
Pourquoi la colère est-elle si présente chez les aidantes ?
Lorsqu’on est aidante, on donne énormément. Son temps, son énergie, son amour. On prend soin, on anticipe, on rassure, on soutient. Mais qui prend soin de toi ? Où est ton espace pour souffler ? pour être entendue ? pour poser tes propres limites ?
La colère chez les aidantes naît souvent de l’invisibilité et de l’épuisement :
- Le manque de reconnaissance : Tu donnes tout et pourtant, on ne te remercie pas toujours.
- La surcharge mentale : Tout gérer, tout organiser, sans pause possible.
- L’isolement : Se sentir seule face aux responsabilités, sans soutien réel.
- L’injustice : Voir d’autres personnes vivre normalement pendant que toi, tu portes un poids immense.
- L’absence de répit : Ne jamais pouvoir se reposer sans culpabilité.
Cette colère est un cri du corps et du cœur. Elle ne signifie pas que tu n’aimes pas la personne dont tu prends soin. Elle signifie que toi aussi, tu as des besoins.
Comment transformer la colère en moteur de changement ?
La colère n’est pas le problème. C’est ce que tu en fais qui compte. Plutôt que de la subir ou de la refouler, utilise-la comme un levier puissant pour créer du changement.
- Accueille-la sans honte : Ressentir de la colère, c’est un signal de ton corps qui dit “Stop, quelque chose ne me convient pas”. Ne te juge pas, écoute-la.
- Identifie son message : De quoi as-tu besoin ? Plus de repos ? Plus d’aide ? Moins de charge mentale ?
- Exprime-la sainement : Écris, parle, bouge ton corps. La colère refoulée devient de la fatigue ou du ressentiment.
- Pose des limites claires : Refuser certaines demandes, déléguer, dire “non” n’est pas un luxe, c’est une nécessité.
- Agis pour toi : Réserve des moments où tu n’es pas aidante, mais juste toi-même.
Écouter ta colère, c’est reprendre le pouvoir
(et éviter d’exploser sur la mauvaise personne… ou sur la cafetière qui refuse de fonctionner ce matin !)
Aimer une personne en difficulté ne signifie pas tout accepter en silence. Ressentir de la colère ne fait pas de toi une mauvaise aidante, ni une mauvaise personne.
La vraie question, ce n’est pas “Ai-je le droit d’être en colère ?”, mais plutôt “Qu’est-ce que ma colère essaie de me dire ?”
Alors la prochaine fois que tu sens cette émotion monter, écoute-la. Elle est là pour t’aider à préserver ton équilibre. Parce qu’une aidante qui s’écoute, c’est une aidante qui dure.
Et toi, comment vis-tu la colère dans ton quotidien d’aidante ? As-tu trouvé des astuces pour la transformer en énergie positive ? Partage ton expérience en commentaire, ton vécu peut aider d’autres aidantes à se sentir moins seules !