La rentrée des aidantes, celle dont personne ne parle

4 septembre 2026
Tout le monde parle de la rentrée des enfants et des salariés mais personne n'évoque celle des aidantes, qui recommencent une année sans avoir eu de vraie vacances. Si tu es aidante familiale, tu sais que la rentrée ne ressemble pas tout à fait à la version "classique" parce que pendant que tout le monde se prépare à "reprendre", toi, tu n'as peut-être jamais vraiment arrêté.
Rentrée des Aidantes

Ton rythme a peut-être changé pendant l’été. Tu as peut-être profité de quelques jours ailleurs, d’un séjour en famille ou de moments de répit. Tu as peut-être même réussi à souffler un peu, mais ton rôle d’aidante, lui, n’a pas pris de congés. Les besoins de ton proche sont toujours là, les rendez-vous médicaux, les traitements, les démarches administratives, les accompagnements, les imprévus et toute cette organisation invisible qui repose souvent sur tes épaules aussi. Bref, pendant que certains ressortent leur cartable, toi, tu ressors probablement ton agenda, ton téléphone, tes listes, tes dossiers… et ton air légèrement désespéré.

Alors cette année, j’ai envie de parler de ta rentrée à toi, celle dont personne ne parle vraiment. On est environ 15 millions d’aidants et d’aidantes dans ce cas en France, une personne sur cinq. Autant dire qu’on n’est pas si isolées que ça, même si on se sent souvent seules à porter tout ça.

La rentrée d’une aidante familiale n’est pas une simple reprise

Pour beaucoup, la rentrée marque la fin d’une période de repos, pour une aidante, elle peut surtout signifier le retour à une organisation particulièrement intense, et parfois, ce qui épuise le plus n’est même pas ce que tu fais concrètement, c’est tout ce à que tu dois penser : les rendez-vous, les horaires, les traitements, les personnes qui interviennent auprès de ton proche, les dossiers à renouveler, à ce qu’il faudra prévoir la semaine prochaine, à ce qui pourrait arriver. Et évidemment, essayer de te souvenir de l’endroit où tu as posé cette fichue ordonnance. C’est ça, aussi, la charge mentale, cette petite voix intérieure qui tourne en permanence en arrière-plan :
Il faut appeler untel, ne pas oublier tel rendez-vous, penser à renouveler ça, est-ce qu’il reste suffisamment de… ? ah mince, j’avais oublié …
Et pendant ce temps-là, ton cerveau fonctionne comme un ordinateur avec 47 onglets ouverts, dont trois jouent de la musique sans que tu saches lesquels.

La charge mentale de l’aidante est difficile à mesurer parce qu’elle ne se voit pas. Personne ne comptabilise les dizaines de décisions que tu prends dans une journée, les appels passés entre deux tâches, les informations que tu gardes en tête, les rendez-vous que tu coordonnes ou les solutions que tu cherches lorsqu’un imprévu survient, pourtant, tout cela consomme de l’énergie. Et, lorsque septembre arrive, cette charge mentale ne disparaît pas, elle peut même s’alourdir. La rentrée signifie le retour des habitudes, mais aussi celui des contraintes : nouveaux horaires, nouvelles organisations, nouvelles activités, nouveaux interlocuteurs, nouvelles démarches. Alors, avant de te demander comment tu vas réussir à tout gérer cette année, j’aimerais que tu te poses une autre question : Comment vas-tu faire pour ne pas t’oublier au milieu de tout ça ?

Mythe n° 1 : « Tu as bien profité de l’été, maintenant tu peux reprendre. »

Ah, cette fameuse logique. Comme si quelques semaines d’été suffisaient à remettre les compteurs à zéro, comme si changer de décor signifiait automatiquement se reposer et que la fatigue accumulée depuis des mois disparaissait parce que le calendrier affiche août. Apparemment, notre corps fonctionne comme un smartphone : un petit séjour à la mer et hop, 100 % de batterie. J’aimerais beaucoup …. Mais non.

Se reposer, ce n’est pas simplement ne pas travailler. Quand tu restes responsable de quelqu’un, ton cerveau ne ferme pas boutique à 18 heures. Tu anticipes, tu surveilles, tu prévois, tu penses au lendemain. Une partie de ton attention reste en permanence en alerte. Alors oui, tu peux être partie quelques jours,  tu peux avoir ri, tu peux avoir passé de bons moments, et oui, tu peux quand même être épuisée, les deux ne sont absolument pas incompatibles. Tu peux même être revenue de vacances avec des photos magnifiques, quelques bons souvenirs… et l’envie très nette de repartir.

Mythe n° 2 : « Maintenant que les vacances sont terminées, il faut reprendre les bonnes habitudes. »

Traduction : se lever plus tôt, mieux manger, refaire du sport, être organisée, reprendre le travail, gérer les enfants, penser à soi, méditer, respirer, boire deux litres d’eau et, tant qu’on y est, devenir une version améliorée de soi-même. Stop. Rien que de lire la liste, tu es déjà fatiguée. Tu n’as peut-être pas besoin d’une nouvelle routine miracle, mais peut-être simplement besoin de moins porter. Parce que parfois, le problème n’est pas ton organisation. Le problème, c’est la quantité de choses que tu dois gérer : ce n’est pas ton agenda qui est défaillant, ce n’est pas forcément ta méthode d’organisation qu’il faut améliorer, et ce n’est pas parce que tu n’arrives plus à caser une nouvelle activité dans ta journée que tu manques de discipline. À un moment donné, même le meilleur agenda du monde ne fera pas tenir 36 heures dans une journée de 24 et ce n’est pas un problème de productivité. Il y a une différence entre mieux organiser sa vie et essayer de faire rentrer une vie impossible dans un emploi du temps déjà plein. Tu n’as pas besoin d’une nouvelle injonction à « prendre soin de toi », tu as peut-être surtout besoin de remettre en question tout ce que tu t’imposes.

Mythe n° 3 : « Il faut être forte pour tenir. »

Celle-lui là, je le connais bien, et je vais te partager quelque chose que j’aurais aimé comprendre plus tôt : Être forte ne signifie pas tout supporter, ce n’est pas dire oui quand tu voudrais dire non, ce n’est pas sourire quand tu es au bord de craquer. Ce n’est non plus prétendre que tout va bien pour rassurer tout le monde ni réussir à tout gérer sans demander d’aide. Et ce n’est surtout pas t’effacer jusqu’à ne plus savoir ce dont, toi, tu as besoin.

Parce qu’une aidante « forte », dans l’imaginaire collectif, c’est quand même souvent une femme qui gère tout, ne se plaint jamais, trouve toujours une solution et garde le sourire. En résumé : Wonder Woman, mais avec les ordonnances, les dossiers MDPH et un sac de courses. Sauf qu’il y a un petit problème avec ce modèle, c’est que Wonder Woman est un personnage de fiction, et toi, tu as besoin de dormir. La vraie force c’est accepter quand on en peut plus et qu’on a besoin d’aide, d’en faire moins et de se dire qu’on ne va pas tout régler en un jour. Voire même se prioriser de temps en temps.

Et si ta rentrée commençait, ne serait-ce qu’un peu, par toi ?

Pas par les autres, ni par les urgences, les « il faut » mais par toi. Pas besoin de révolutionner ta vie, mais juste commencer peut-être par une question toute simple : De quoi ai-je besoin, moi, pour traverser cette rentrée sans me perdre en chemin ? De repos ? De soutien ? De temps seule ? De poser une limite ? De parler à quelqu’un ? Et peut-être aussi, soyons ambitieuses : de boire un café encore chaud.

Je sais que pour certaines d’entre vous, il n’y a personne à qui déléguer, personne pour prendre le relais, et qu’un proche qui a besoin de toi n’attend pas que tu ailles mieux. Je ne vais pas te dire que « poser une limite » suffit à tout résoudre — ce serait faux, et un peu facile à écrire de l’extérieur. Mais même dans ces situations-là, il reste souvent un espace minuscule qu’on peut choisir de garder pour soi.

Un exemple tout bête, pour commencer petit : la prochaine fois qu’on te propose de l’aide et que ton réflexe est de répondre « non non, ça va aller » essaie de dire « oui, merci » à la place. Une seule fois, cette semaine par exemple, ce n’est pas un plan de bataille, c’est juste accepter ce qu’on te propose déjà, ce qui est plus simple que d’avoir à le demander.

La culpabilité n’a pas à gérer ton agenda

Il y a une autre invitée qui revient souvent à la rentrée : la culpabilité. Elle adore s’installer discrètement sur ton épaule et commenter tout ce que tu fais. Tu prends du temps pour toi ? tu pourrais faire autre chose. Tu refuses une demande ? tu aurais peut-être dû accepter. Tu es fatiguée ? D’autres font bien plus. Tu prends du plaisir sans ton proche ? est-ce que tu as vraiment le droit ?

La culpabilité est bavarde, mais elle n’est pas forcément pertinente. La culpabilité n’est pas une boussole. Elle ne signifie pas que tu fais quelque chose de mal. Elle signifie parfois simplement que tu as appris à associer le fait de prendre soin des autres au fait de t’oublier. Et cette association mérite d’être déconstruite. Tu peux aimer ton proche sans être disponible vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Tu peux être une aidante engagée sans sacrifier chaque espace de ta vie, tu peux prendre soin de quelqu’un et prendre soin de toi, ce ne sont pas deux objectifs contradictoires.

Cette rentrée c’est aussi la tienne

La rentrée dont on parle peu, c’est celle de toutes ces femmes qui reprennent leur quotidien sans véritable pause, qui continuent à accompagner, organiser, anticiper et soutenir, souvent sans que personne ne mesure réellement ce que cela représente. Cette rentrée mérite d’être visible parce qu’être aidante familiale est une réalité qui ne s’arrête pas lorsque les écoles ferment ou lorsque les entreprises ralentissent. Etre aidante n’est pas seulement une fonction, et avant d’être « l’aidante de », tu es une femme avec tes envies, tes projets, tes limites, tes émotions, tes besoins, tes contradictions mais aussi tes rêves.

Alors oui, septembre est là, avec son lot de rendez-vous, de contraintes, d’injonctions… et probablement quelques imprévus dont tu te serais bien passée. Tu ne vas pas tout changer du jour au lendemain, et ce n’est pas ce que je te souhaite. Je te souhaite simplement de ne pas traverser cette nouvelle année en mode pilote automatique et de garder, quelque part dans ton agenda déjà bien rempli, une petite place pour toi. Une place pour souffler, pour rire, pour râler aussi — parce que, soyons honnêtes, ça fait parfois beaucoup de bien — et pour faire quelque chose qui ne sert à rien… sauf à te faire du bien. Et surtout, je te souhaite de ne plus croire que prendre soin de toi est une récompense que tu dois gagner une fois que tout le monde va bien, parce que tout le monde ne va peut-être jamais parfaitement bien et toi, tu ne peux pas attendre indéfiniment pour commencer à exister dans ta propre vie. Alors cette rentrée, ne cherche pas à devenir une meilleure aidante mais simplement à être une aidante qui ne s’oublie pas complètement. Et si tu as besoin d’un petit rappel de temps en temps, j’ai justement envie de continuer cette conversation avec toi. Dans ma newsletter Les Aidantes Zen, je partage régulièrement des réflexions, des conseils concrets et des pistes pour mieux vivre tes émotions, alléger ta charge mentale et retrouver un peu d’espace pour toi quand tu accompagnes un proche. Pas de recettes miracles, pas de « il suffit de penser positif », pas de culpabilisation supplémentaire. Juste un rendez-vous entre nous, pour parler de ce que signifie vraiment être aidante… sans langue de bois et sans oublier la femme derrière l’aidante.

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On se retrouve très vite pour continuer à mettre des mots sur ce que vivent les aidantes… avec bienveillance, mais sans langue de bois.
À bientôt, Emmanuelle